Nigeria / Charles Nwaneri Kelechi / CETTE PERSONNE Nโ€™EST PAS A VOUS

Zo Mag', 12 November 2020
La recherche de l’interlocuteur. Le peintre est toujours dans cette volonté d’établir des dialogues. La toile devient une table autour de laquelle il est possible de s’asseoir et d’engager la conversation. C’est de cette manière que Charles Nwaneri Kelechi voit les choses. Et la principale interrogation qu’il se pose tient à l’appartenance.
La peinture peut le traduire, et dans cette peinture, la représentation du corps, qui est en fait… la première toile. De la même façon que le peintre sud-africain Sifiso Mkhabela le suggère, la peau est la toile, sur laquelle une partie de l’histoire se lit.
Charles Nwaneri Kelechi est nigérian. Ces derniers temps, l’équipe de Lidija Kostic Khachatourian (AKKA Project) l’a invité à Venise, présenter son travail. Une partie centrale de celui-ci porte sur l’identité hybride noire. En somme, sur ce corps et cette toile qui sont les siens, que lit-on de l’histoire complexe, de ces intersections de mémoire, de l’équilibre à trouver ?« ๐˜—๐˜ฐ๐˜ถ๐˜ณ ๐˜ฑ๐˜ข๐˜ณ๐˜ต๐˜ช๐˜ฆ, ๐˜ญ๐˜ข ๐˜ด๐˜ฆฬ๐˜ณ๐˜ช๐˜ฆ ๐˜ฅ’œ๐˜ถ๐˜ท๐˜ณ๐˜ฆ๐˜ด ๐˜ณ๐˜ข๐˜ค๐˜ฐ๐˜ฏ๐˜ต๐˜ฆ ๐˜ญ๐˜ฆ ๐˜ท๐˜ฐ๐˜บ๐˜ข๐˜จ๐˜ฆ ๐˜ฅ๐˜ฆ ๐˜ญ’๐˜ช๐˜ฏ๐˜ฅ๐˜ช๐˜ท๐˜ช๐˜ฅ๐˜ถ ๐˜ท๐˜ฆ๐˜ณ๐˜ด ๐˜ญ๐˜ข ๐˜ฅ๐˜ฆฬ๐˜ค๐˜ฐ๐˜ถ๐˜ท๐˜ฆ๐˜ณ๐˜ต๐˜ฆ ๐˜ฅ๐˜ฆ ๐˜ด๐˜ฐ๐˜ช. ๐˜Œ๐˜ฏ ๐˜ฆ๐˜น๐˜ฑ๐˜ญ๐˜ฐ๐˜ณ๐˜ข๐˜ฏ๐˜ต ๐˜ฅ๐˜ฆ๐˜ด ๐˜ช๐˜ฅ๐˜ฆฬ๐˜ฆ๐˜ด, ๐˜ฅ๐˜ฆ๐˜ด ๐˜ช๐˜ฎ๐˜ข๐˜จ๐˜ฆ๐˜ด ๐˜ฆ๐˜ต ๐˜ฅ๐˜ฆ๐˜ด ๐˜ต๐˜ฆ๐˜ค๐˜ฉ๐˜ฏ๐˜ช๐˜ฒ๐˜ถ๐˜ฆ๐˜ด ๐˜ด๐˜ถ๐˜ณ๐˜ณ๐˜ฆฬ๐˜ข๐˜ญ๐˜ช๐˜ด๐˜ต๐˜ฆ๐˜ด ๐˜ฑ๐˜ถ๐˜ณ๐˜ฆ๐˜ด, ๐˜ซ๐˜ฆ ๐˜ฎ’๐˜ช๐˜ฏ๐˜ต๐˜ฆ๐˜ณ๐˜ณ๐˜ฐ๐˜จ๐˜ฆ ๐˜ด๐˜ถ๐˜ณ ๐˜ญ๐˜ฆ ๐˜ฎ๐˜ฐ๐˜บ๐˜ฆ๐˜ฏ ๐˜ฅ’๐˜บ ๐˜ฑ๐˜ข๐˜ณ๐˜ท๐˜ฆ๐˜ฏ๐˜ช๐˜ณ. » Le traitement est parfaitement onirique, sans doute réalisé de manière automatique, sur des flashs suggestifs, mais il traduit surtout en profondeur de réelles questions identitaires.
Télescopage, embouteillage lumineux des appartenances qui laissent l’humain aux portes de la folie ou de la dissolution.
 
Tout comme Sifiso Mkhabela, dans sa recouvrance de la tribu d’origine, Charles Nwaneri revient de façon répétée à la scarification. Elle prend sur sa toile l’aspect de traits symboliques, selon les codes anciens (Adinkra, Uli, Nsibidi). Cette écriture recouvre les visages. L’un des tableaux les plus impressionnants figure ainsi une Pietà où la Vierge noire, dépositaire du cérémonial, tient dans ses bras un Christ, figuration noir et blanc, d’un jeune type assoupi (très semblable à ce que doit être l’auteur du tableau). Ce n’est plus tout à fait du surréalisme. C’est du télescopage, un embouteillage lumineux des appartenances qui laissent l’humain (parfois) aux portes de la folie ou de la dissolution.
Hybrides, nous le sommes tous. Dans ce jeu assez terrifiant qui nous prête un rôle temporaire, nous restons des illusions orphelines. L’écriture qui court sur les peaux et sur les toiles en rend partiellement compte. Il faut faire avec.